Migraine vestibulaire : symptômes, causes, diagnostic, traitement
Migraine vestibulaire : reconnaître les vertiges migraineux, causes, diagnostic différentiel (Ménière), traitements de fond et de crise.

Vous avez des crises de vertige terrifiantes — tout tourne, nausées, sensibilité à la lumière et au bruit. Le médecin vous dit "ce n'est pas Ménière" — audiogramme normal, IRM normale. Vous avez aussi des migraines depuis l'adolescence. Et pourtant, personne ne fait le lien.
Vous avez probablement une migraine vestibulaire — la première cause de vertige récurrent chez l'adulte de moins de 50 ans, avant la maladie de Ménière. 1% de la population est concernée. Femme : 5x plus souvent que l'homme. Errance diagnostique moyenne : 4 à 7 ans.
Bonne nouvelle : c'est bénin, sans surdité à long terme, et bien traitable avec les médicaments de la migraine classique (béta-bloquants, anti-CGRP, etc.). Mauvaise nouvelle : c'est très invalidant pendant les crises et fréquemment confondu avec Ménière, anxiété, ou vertige psychogène.
Ce guide complet : reconnaître la migraine vestibulaire (vs autres vertiges), comprendre les déclencheurs, traitements de crise et de fond (du paracétamol aux anti-CGRP), diagnostic par exclusion + critères Bárány/ICHD, pronostic réaliste et stratégies au quotidien.
ℹ️ Sujets liés : maladie de Ménière, vertige oreille interne — VPPB, Ménière, acouphènes guide complet, surdité brusque, audiogramme, jet lag.
Comprendre la migraine vestibulaire
Définition
La migraine vestibulaire = crises de vertige récurrentes chez un patient migraineux, avec ou sans céphalée pendant la crise. C'est une forme particulière de migraine où l'aura ou la symptomatologie est dominée par les signes vestibulaires plutôt que par les céphalées.
Une découverte récente
- 1999 : individualisation comme entité clinique.
- 2012 : premiers critères diagnostiques (Bárány Society).
- 2015 : intégration officielle ICHD (International Classification of Headache Disorders).
- 2020+ : reconnaissance large mais encore sous-diagnostiquée.
Mécanismes
La migraine implique :
- Hyperexcitabilité corticale.
- Activation du système trigéminal.
- Libération de CGRP, substance P.
- Vasoconstriction puis vasodilatation cérébrale.
Dans la migraine vestibulaire, ces mécanismes touchent les circuits vestibulaires (oreille interne, tronc cérébral, cortex pariétal).
Fréquence
- 1% population générale.
- 9-10% des migraineux.
- 5x plus fréquente chez la femme.
- Pic d'âge : 30-50 ans.
Le tableau clinique typique
La crise
Caractéristiques :
- Durée : 5 min à 72h (souvent quelques heures).
- Type de vertige :
- Rotatoire (60%)
- Positionnel (20%)
- Sensation d'ivresse (15%)
- Vertige visuel (5%)
- Intensité : modérée à sévère.
Symptômes associés très fréquents :
- Photophobie (90% des crises).
- Phonophobie (85%).
- Nausées / vomissements (70%).
- Mal de tête (50-70% des crises).
- Aura visuelle parfois.
Phase post-crise :
- Fatigue intense.
- Brouillard cognitif ("brain fog").
- Sensibilité résiduelle.
- Récupération sur 1-3 jours.
Variantes cliniques
Migraine vestibulaire CLASSIQUE :
- Vertige + céphalée + signes migraineux.
Migraine vestibulaire SANS CÉPHALÉE :
- Vertige isolé + photophobie + phonophobie.
- 30-40% des cas.
- Plus difficile à diagnostiquer.
Vertige migraineux paroxystique récurrent :
- Crises courtes (minutes).
- Hors classification Bárány stricte.
Migraine basilaire :
- Avec aura du tronc cérébral.
- Vertige + diplopie + dysarthrie + ataxie.
- Rare mais grave en présentation.
Évolution dans le temps
Phases :
- Première crise (typiquement 30-40 ans).
- Période active (5-15 ans).
- Atténuation après 50-60 ans.
Fréquence variable :
- Quelques par an (forme bénigne).
- Plusieurs par mois (forme sévère).
- Quotidienne : forme chronique (rare).
Diagnostic — pas d'examen spécifique
Diagnostic clinique
Pas de test diagnostique spécifique. Le diagnostic repose sur :
- Histoire clinique détaillée.
- Critères Bárány/ICHD.
- Exclusion des autres causes.
Examens à faire
Pour éliminer :
- Audiogramme (normal vs anormal dans Ménière).
- VNG ou vHIT (souvent normal).
- IRM cérébrale (élimine SEP, AVC, neurinome).
- Tympanométrie.
- Bilan biologique standard.
Critères Bárány Society 2012
Migraine vestibulaire certaine :
- ≥ 5 épisodes 5min-72h
- Antécédents migraine
- ≥ 50% épisodes avec signes migraineux
Migraine vestibulaire probable :
- Critères partiels.
Détaillé dans la FAQ correspondante.
Diagnostic différentiel — l'essentiel
| Cause | Caractère distinctif |
|---|---|
| Maladie de Ménière | Surdité fluctuante, acouphènes persistants |
| VPPB | Déclenché par mouvement de tête, moins de 1 min |
| Neurinome acoustique | Surdité progressive, IRM anormale |
| AVC tronc cérébral | Signes neurologiques associés |
| SEP | Multiples signes neurologiques, IRM |
| Vertige psychogène | Pas de critères organiques |
Traitements — la stratégie
Crise
Mesures simples :
- Allongé, calme, sombre.
- Compresses froides.
- Patience.
Médicamenteux :
- AINS (ibuprofène 600 mg) en première intention.
- Triptans si efficaces.
- Anti-nauséeux.
- Anti-vertige (Tanganil) ponctuel.
Fond — palier 1 (mode de vie)
- Sommeil régulier.
- Repas réguliers.
- Hydratation.
- Activité physique.
- Gestion stress.
- Éviction déclencheurs.
Fond — palier 2 (médicaments)
Indications : ≥ 3-4 crises/mois invalidantes.
Premier choix :
- Propranolol (béta-bloquant).
- Amitriptyline (antidépresseur tricyclique).
Si échec :
- Topiramate (antiépileptique).
- Flunarizine (inhibiteur calcique).
Si rebelle :
- Anti-CGRP (Aimovig, Emgality, Ajovy, Vyepti).
- Botox (si chronique).
Compléments + thérapies associées
- Magnésium + B2 + CoQ10.
- Réhabilitation vestibulaire.
- TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale).
- Acupuncture.
- Sophrologie.
Vie quotidienne avec migraine vestibulaire
Identifier les déclencheurs
Journal des crises :
- Date, durée, intensité.
- Aliments des 48h précédentes.
- Cycle menstruel.
- Sommeil.
- Stress.
- Météo.
- Médicaments.
Identifier les patterns sur 2-3 mois → éviter les futures crises.
Éviction des déclencheurs
Communs :
- Vin rouge, fromages affinés, chocolat.
- Caféine excessive (mais aussi sevrage).
- Manque ou excès de sommeil.
- Stress + décompression post-stress.
- Lumière vive, bruits forts, odeurs.
Stratégies sociales
- Information entourage.
- Lunettes anti-lumière bleue / bouchons d'oreille discrets.
- Plans B en cas de crise (transport, garde enfants).
- Limitations activités à risque (apnée, plongée, sport extrême).
Travail
- Aménagements : télétravail, horaires souples.
- Médecine du travail : consultation préventive.
- MDPH : RQTH possible si invalidité.
Voyages
Précautions :
- Médicaments de crise + de fond.
- Anticipation altitude, décalage horaire.
- Hydratation continue.
- Repos plus important.
Mythes à abandonner
❌ "C'est psychologique" → faux. Pathologie organique des circuits vestibulaires.
❌ "Sans migraine pas de migraine vestibulaire" → faux. 30-40% n'ont pas de céphalée pendant les crises.
❌ "C'est forcément Ménière" → faux. Confusion fréquente. Audiogramme + IRM = différenciation.
❌ "Pas de traitement efficace" → faux. Béta-bloquants + anti-CGRP = très efficaces.
❌ "Ça va s'aggraver" → souvent faux. Tendance à l'atténuation après 50-60 ans.
❌ "Il faut éviter tout effort" → faux. Sport modéré régulier = préventif.
❌ "On finit par devenir sourd" → faux. Pas de surdité induite par la migraine vestibulaire.
À retenir : la migraine vestibulaire est la première cause de vertige récurrent chez l'adulte moins de 50 ans. 5x plus fréquente chez la femme. Diagnostic clinique par exclusion + critères Bárány/ICHD : antécédents migraine + crises 5min-72h + signes migraineux dans ≥ 50% des épisodes + audiogramme et IRM normaux.
Traitements efficaces : crise (AINS, triptans) + fond (béta-bloquants, amitriptyline, topiramate, anti-CGRP). Identification des déclencheurs par journal personnalisé = base de la prévention.
Pronostic favorable à long terme : pas de surdité, bénin, tendance à l'atténuation après 50-60 ans. 20-30% coexistent avec Ménière — la double prise en charge est alors nécessaire.
Au moindre doute sur des vertiges récurrents inexpliqués, demander un avis spécialisé (neurologue migraine + ORL). Voir aussi maladie de Ménière pour le diagnostic différentiel principal.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la migraine vestibulaire ?
La migraine vestibulaire = des crises de vertige survenant chez une personne migraineuse, avec ou sans mal de tête associé. C'est la première cause de vertige récurrent chez l'adulte de moins de 50 ans, devant la maladie de Ménière.
Caractéristiques :
- Vertiges durant de 5 minutes à 72 heures.
- Survenant par crises (pas de vertige permanent).
- Antécédents de migraine ou aura migraineuse.
- Pas systématiquement de mal de tête pendant la crise vertigineuse.
- Signes associés : photophobie, phonophobie, nausées.
Critères diagnostiques officiels (Bárány Society + ICHD-3) :
Migraine vestibulaire CERTAINE :
- ≥ 5 épisodes de symptômes vestibulaires modérés à sévères.
- Durée : 5 min à 72h.
- Antécédents de migraine avec ou sans aura.
- ≥ 50% des épisodes associés à au moins UN des signes migraineux :
- céphalée unilatérale, pulsatile, intensité modérée-sévère, aggravée à l'effort
- photophobie + phonophobie
- aura visuelle
Migraine vestibulaire PROBABLE :
- Critères partiellement remplis.
- Diagnostic clinique, par exclusion.
TYPES DE VERTIGES dans la migraine vestibulaire :
- Vertige rotatoire (sensation que tout tourne) — 60% des cas.
- Vertige positionnel (déclenché par mouvement de tête) — 20%.
- Sensation d'ivresse ou d'instabilité — 15%.
- Vertige visuel (sensation d'oscillation environnement) — 5%.
STATISTIQUES :
- 1% de la population générale.
- 9-10% des migraineux font des migraines vestibulaires.
- Femmes : 5x plus fréquentes.
- Pic d'âge : 30-50 ans.
- Sous-diagnostiqué : errance diagnostique fréquente (4-7 ans en moyenne).
ÉVOLUTION :
- Crises de durée variable (minutes à jours).
- Fréquence : de quelques épisodes/an à plusieurs/mois.
- Tendance à s'atténuer après 50-60 ans (comme la migraine classique).
- Pas de surdité induite (différent de Ménière).
À retenir : la migraine vestibulaire = vertige migraineux. Souvent confondue avec la maladie de Ménière, l'anxiété généralisée, ou les vertiges psychogènes. Le diagnostic est clinique (critères Bárány/ICHD) et nécessite une bonne anamnèse + élimination des autres causes.
Migraine vestibulaire vs maladie de Ménière : comment différencier ?
Souvent confondues, ces deux pathologies se distinguent par plusieurs critères clés.
TABLEAU COMPARATIF :
| Critère | Migraine vestibulaire | Maladie de Ménière |
|---|---|---|
| Durée vertiges | 5 min à 72h | 20 min à 12h |
| Acouphènes | Possibles, légers, transitoires | Présents, marqués, persistants |
| Hypoacousie | Absente ou très légère | Présente, fluctuante puis fixée |
| Plénitude oreille | Rare | Fréquente (aura) |
| Mal de tête | Souvent associé | Rare |
| Photophobie | Très fréquente | Rare |
| Phonophobie | Très fréquente | Rare |
| Aura visuelle | Possible | Absente |
| Antécédents migraine | Oui (critère diagnostique) | Pas requis |
| Audiogramme | Normal en général | Surdité graves typique |
| Évolution | Atténuation avec l'âge | Aggravation possible |
| Surdité définitive | Très rare | Fréquente à long terme |
POINTS CLÉS DU DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
1. ANTÉCÉDENTS de MIGRAINE :
- Indispensable pour migraine vestibulaire.
- Pas requis pour Ménière.
- Examiner : enfance, ados, jeune adulte.
2. AUDIOGRAMME :
- Ménière : surdité de perception unilatérale prédominant sur les graves, fluctuante au début, fixée ensuite.
- Migraine vestibulaire : NORMAL (ou hypoacousie minime non spécifique).
- Examen clé pour différencier.
3. ACOUPHÈNES :
- Ménière : forts, persistants, tonalité grave.
- Migraine vestibulaire : possibles mais légers, transitoires pendant la crise.
4. PHOTOPHOBIE / PHONOPHOBIE :
- Migraine vestibulaire : très fréquentes pendant la crise.
- Ménière : peu fréquentes.
5. ÉVOLUTION DE L'AUDITION :
- Ménière : se dégrade progressivement.
- Migraine vestibulaire : reste stable.
6. RÉPONSE AUX TRAITEMENTS :
- Migraine vestibulaire : améliore sous béta-bloquants, topiramate, antidépresseurs anti-migraine.
- Ménière : améliore sous Bétahistine, régime hyposodé, diurétiques.
- Réponse différente = indice diagnostique.
FORMES MIXTES :
20-30% des patients ont les DEUX pathologies. Migraine + Ménière coexistent et compliquent le diagnostic. Diagnostic d'exclusion réciproque quasi impossible — on traite les deux.
EXAMENS COMPLÉMENTAIRES :
Pour différencier :
- Audiogramme répété (sur plusieurs crises).
- Tympanométrie.
- VNG (vidéonystagmographie).
- vHIT (video Head Impulse Test).
- IRM cérébrale + cervicale (élimine autres causes : SEP, neurinome, AVC).
CAS PARTICULIER — MIGRAINE BASILAIRE :
- Migraine avec aura du tronc cérébral.
- Vertige + autres signes : diplopie, dysarthrie, ataxie, hypoacousie bilatérale.
- Plus rare mais grave en présentation.
À retenir : antécédents de migraine + audiogramme NORMAL + photophobie/phonophobie = migraine vestibulaire. Surdité fluctuante + acouphènes persistants + plénitude oreille = Ménière. Voir maladie de Ménière pour le détail. 20-30% ont les DEUX — coexistence fréquente.
Quelles sont les causes et déclencheurs ?
La cause exacte de la migraine vestibulaire reste mal comprise, mais on identifie des mécanismes communs avec la migraine classique + des déclencheurs spécifiques.
MÉCANISMES PROPOSÉS :
1. Hyperexcitabilité neuronale :
- Cortex et tronc cérébral plus excitables génétiquement.
- Activation du système trigéminal.
- Libération de neuropeptides (CGRP, substance P).
- Vasoconstriction puis vasodilatation des artères cérébrales.
2. Implication du système vestibulaire :
- Structures vestibulaires (oreille interne, noyaux du tronc, cortex pariétal) traitées par les mêmes circuits que la douleur migraineuse.
- Hypothèse : "migraine" de la voie vestibulaire.
3. Dysfonction de la modulation centrale :
- Sérotonine (rôle clé dans la migraine) influence aussi l'équilibre.
- Anomalie de la régulation des signaux d'équilibre.
4. Génétique :
- 60-80% ont des antécédents familiaux de migraine.
- Plusieurs gènes identifiés (FHM1, FHM2, FHM3).
DÉCLENCHEURS COMMUNS :
Alimentaires :
- Vin rouge.
- Fromages affinés.
- Chocolat.
- Caféine (excès OU sevrage).
- Aliments fermentés.
- Glutamate monosodique (cuisine asiatique industrielle).
- Aspartame.
- Jeûne, hypoglycémie.
Hormonaux (femmes ++) :
- Règles (migraine cataméniale).
- Pilule contraceptive.
- Ménopause.
- Grossesse (variable selon trimestre).
Environnementaux :
- Lumière vive ou clignotante.
- Bruits forts ou tonalités aiguës.
- Odeurs fortes (parfums, essence, tabac).
- Changements météorologiques (pression atmosphérique).
- Altitude (montagne).
- Stress + détente après stress ("migraine du weekend").
Liés au sommeil :
- Manque de sommeil.
- Excès de sommeil (grasse matinée).
- Décalage horaire (jet lag).
- Sommeil de mauvaise qualité.
Autres :
- Effort physique intense.
- Déshydratation.
- Médicaments vasodilatateurs.
FACTEURS DE RISQUE :
- Femme (5x plus fréquent).
- Antécédents personnels de migraine.
- Antécédents familiaux de migraine.
- Stress chronique.
- Anxiété, dépression.
- Troubles du sommeil.
POPULATIONS PARTICULIÈRES :
Enfant et adolescent :
- Migraine vestibulaire de l'enfant existe.
- Souvent confondue avec vertige psychogène.
- Histoire familiale ++.
Personne âgée :
- Plus rare après 60 ans.
- Souvent atténuation des crises.
- À distinguer des causes vasculaires (AVC).
TIENS UN AGENDA DES CRISES :
L'identification des déclencheurs est PERSONNELLE. Tenir un journal pendant 2-3 mois :
- Date, durée, intensité de chaque crise.
- Aliments des 24-48h précédentes.
- Cycle menstruel.
- Sommeil (durée, qualité).
- Stress, événements particuliers.
- Météo.
- Médicaments.
Identifier les patterns = éviter les crises futures.
À retenir : la migraine vestibulaire est multi-factorielle — terrain génétique + déclencheurs individuels. Stress, sommeil, hormonal, alimentaire = quatre piliers à explorer. Journal des crises = outil de prévention le plus efficace.
Quels traitements de crise et de fond ?
Le traitement se structure en deux volets : soulager la crise (curatif) + réduire la fréquence (préventif). Les traitements ciblent les mêmes voies que la migraine classique.
TRAITEMENT DE LA CRISE :
Mesures non médicamenteuses :
- S'allonger au calme, dans le noir.
- Compresses froides sur le front / nuque.
- Éviter mouvements brusques.
- Hydratation (petites gorgées).
- Patience : crise peut durer 2-24h.
Antalgiques et anti-inflammatoires :
- Paracétamol 1g (peu efficace seul).
- AINS (ibuprofène 400-600 mg, naproxène 500 mg) — efficaces dans 50-60% des cas.
- Aspirine 1g (formulations effervescentes pour rapidité).
Triptans :
- Sumatriptan (Imigrane), zolmitriptan (Zomig), naratriptan.
- Action sur récepteurs sérotonine 5-HT1B/1D.
- Efficaces dans 40-60% des cas.
- Voies : oral, spray nasal, injectable.
- Contre-indications : pathologies cardiovasculaires, hypertension non contrôlée.
Anti-nauséeux :
- Métoclopramide (Primperan).
- Dompéridone.
- Améliore absorption des autres médicaments.
Anti-vertigineux :
- Acétyl-leucine (Tanganil) : ponctuel.
- Méclozine (Agyrax) : sédative.
PALIER 1 — TRAITEMENT DE FOND (modification mode de vie) :
Hygiène de vie protective :
- Sommeil régulier 7-8h.
- Repas réguliers, pas de jeûne.
- Hydratation 1,5-2 L/jour.
- Activité physique modérée régulière.
- Gestion du stress : sophrologie, méditation, respiration cohérente.
- Limitation caféine, alcool, tabac.
- Éviction déclencheurs alimentaires identifiés.
Compléments :
- Magnésium 400-600 mg/jour (preuves modérées).
- Riboflavine (B2) 400 mg/jour (preuves bonnes).
- Coenzyme Q10 100 mg x 3/jour.
- Mélatonine 3-5 mg le soir.
PALIER 2 — TRAITEMENT DE FOND MÉDICAMENTEUX :
Indications : > 3-4 crises/mois ou crises invalidantes.
Béta-bloquants :
- Propranolol (Avlocardyl) 40-160 mg/jour.
- Métoprolol (Lopressor) 50-200 mg/jour.
- Première intention.
- Contre-indications : asthme, dépression sévère.
Antidépresseurs :
- Amitriptyline (Laroxyl) 10-75 mg le soir.
- Venlafaxine (Effexor) 75-150 mg.
- Effet sur les voies sérotoninergiques.
- Bonus : améliorent sommeil et anxiété.
Antiépileptiques :
- Topiramate (Epitomax) 50-100 mg/jour.
- Valproate (Dépakine) 500-1000 mg/jour.
- Très efficace mais effets indésirables (perte poids, fourmillements, mémoire).
Inhibiteurs calciques :
- Flunarizine (Sibélium) 5-10 mg/jour.
- Indication : forme rebelle.
- Limitation : prise de poids, somnolence.
Anti-CGRP (innovation 2018+) :
- Erenumab (Aimovig), galcanezumab (Emgality), fremanezumab (Ajovy), eptinezumab (Vyepti).
- Indication : ≥ 4 jours migraine/mois + échec d'au moins 2 traitements de fond.
- Injection mensuelle.
- Très efficaces dans 50-70% des cas.
- Coût élevé + remboursement conditionnel.
PALIER 3 — TRAITEMENTS ASSOCIÉS :
Réhabilitation vestibulaire :
- Kiné spécialisée.
- Exercices d'habituation au vertige.
- Améliore la compensation entre crises.
TCC (Thérapie Cognitivo-Comportementale) :
- Gestion anxiété anticipatoire.
- Réduit l'impact des crises.
Acupuncture :
- Preuves modérées d'efficacité.
- Sans risque en complément.
Botox :
- Indication : migraine chronique (≥ 15 jours/mois).
- Injections trimestrielles.
TABLEAU RÉSUMÉ TRAITEMENT DE FOND :
| Médicament | Efficacité | Effets indésirables |
|---|---|---|
| Propranolol | ++ | Hypotension, fatigue |
| Amitriptyline | ++ | Bouche sèche, somnolence |
| Topiramate | +++ | Mémoire, fourmillements, perte poids |
| Valproate | +++ | Tératogène (femme), poids |
| Flunarizine | ++ | Poids, somnolence |
| Anti-CGRP | +++ | Très peu (constipation, injection) |
| Magnésium | + | Diarrhée à forte dose |
| Riboflavine | + | Urines jaune fluo |
À retenir : la migraine vestibulaire répond aux traitements de la migraine classique. Traitement de fond justifié à partir de 3-4 crises/mois invalidantes. Anti-CGRP révolutionnent la prise en charge depuis 2018. Hygiène de vie + identification des déclencheurs = base toujours indispensable.
Comment se passe le diagnostic ?
Le diagnostic est clinique — il n'existe pas d'examen biologique ou d'imagerie spécifique. C'est l'analyse de l'histoire clinique + l'exclusion des autres causes qui permet de poser le diagnostic.
ÉTAPE 1 — CONSULTATION INITIALE :
Avec un médecin généraliste, puis selon orientation :
- ORL ou neurologue spécialisé migraine.
- Centre du vertige dans grandes villes.
Interrogatoire détaillé :
- Caractéristiques des crises : durée, fréquence, type de vertige.
- Symptômes associés : céphalée, photophobie, phonophobie, nausées, acouphènes.
- Déclencheurs identifiés.
- Antécédents personnels et familiaux de migraine.
- Traitements essayés.
- Retentissement sur la vie quotidienne.
Examen clinique :
- Examen ORL (otoscopie, acumétrie).
- Examen vestibulaire clinique.
- Examen neurologique complet.
- Tension artérielle.
ÉTAPE 2 — EXAMENS POUR ÉLIMINER LES AUTRES CAUSES :
Audiogramme tonal + vocal :
- Normal dans migraine vestibulaire.
- Anormal dans Ménière (graves) ou neurinome (asymétrique).
Tympanométrie :
- Normale dans migraine vestibulaire.
VNG (vidéonystagmographie) :
- Tests caloriques, épreuve rotatoire.
- Souvent normal ou réflexes vestibulaires conservés.
- Hyporéflectivité unilatérale dans Ménière.
vHIT (video Head Impulse Test) :
- Test moderne rapide.
- Évalue les 6 canaux semi-circulaires.
- Normal dans migraine vestibulaire.
IRM cérébrale + cervicale (SYSTÉMATIQUE) :
- Élimine : SEP, neurinome de l'acoustique, AVC du tronc, malformation Arnold-Chiari.
- Avec et sans contraste.
- Étude vasculaire parfois.
Bilan biologique :
- NFS, ionogramme.
- TSH (hypothyroïdie peut donner vertiges).
- Glycémie.
- Bilan inflammatoire.
Examens spécifiques selon contexte :
- EEG si suspicion crises épileptiques.
- Holter ECG si suspicion troubles du rythme.
- Doppler des troncs supra-aortiques.
ÉTAPE 3 — APPLICATION DES CRITÈRES DIAGNOSTIQUES :
Critères Bárány Society + International Headache Society (ICHD-3) :
Migraine vestibulaire CERTAINE :
- A : ≥ 5 épisodes vestibulaires modérés à sévères de 5 min à 72h.
- B : antécédents actuels ou passés de migraine (avec ou sans aura) selon critères ICHD.
- C : ≥ 50% des épisodes vestibulaires associés à au moins UNE caractéristique migraineuse :
- céphalée typique
- photophobie + phonophobie
- aura visuelle migraineuse
- D : pas mieux expliqué par autre diagnostic vestibulaire ou ICHD.
Migraine vestibulaire PROBABLE :
- A : ≥ 5 épisodes vestibulaires modérés à sévères 5 min à 72h.
- B : critère B OU C remplis (pas les deux).
- C : pas mieux expliqué par autre diagnostic.
ÉTAPE 4 — DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL :
À éliminer absolument :
- Maladie de Ménière (audiogramme anormal).
- Neurinome acoustique (IRM).
- AVC du tronc cérébral (signes neurologiques).
- SEP (signes neuro, IRM).
- VPPB (vertige positionnel bénin, manœuvre Hallpike).
- Vertige psychogène / phobie posturale.
- Maladie auto-immune (Cogan).
- Hypotension orthostatique.
DÉLAI DE DIAGNOSTIC :
Errance souvent longue :
- Moyenne : 4-7 ans entre premier épisode et diagnostic.
- Raisons : symptômes variables, examens normaux, méconnaissance médicale.
Astuce : si vous avez vertiges + migraines + audiogramme normal + IRM normale, insister pour une consultation spécialisée migraine.
QUI CONSULTER :
- Médecin traitant : premier recours, orientation.
- ORL : élimination cause périphérique.
- Neurologue spécialisé migraine : diagnostic + traitement de fond.
- Centre du vertige : cas complexes (CHU principalement).
SUIVI APRÈS DIAGNOSTIC :
- Consultation tous les 3-6 mois en début de traitement.
- Annuel quand stabilisé.
- Audiogramme annuel pendant 2-3 ans (exclure transformation en Ménière).
- Ajustement traitement selon efficacité.
À retenir : diagnostic clinique par exclusion + critères Bárány/ICHD. Audiogramme NORMAL + IRM NORMALE + antécédents migraine = forte présomption. Errance diagnostique fréquente (4-7 ans) — ne pas hésiter à demander une consultation spécialisée.
Quel pronostic et impact sur la qualité de vie ?
La migraine vestibulaire est bénigne mais peut être très invalidante. Le pronostic à long terme est généralement favorable avec une prise en charge adaptée.
PRONOSTIC NATUREL :
Évolution :
- Crises par périodes, avec rémissions parfois longues.
- Tendance à l'atténuation après 50-60 ans (comme la migraine).
- Pas de dégradation de l'audition à long terme (différence Ménière).
- Pas de mortalité associée.
Facteurs de bon pronostic :
- Diagnostic précoce.
- Adhésion au traitement de fond.
- Identification des déclencheurs.
- Maîtrise du stress.
- Bon sommeil.
Facteurs de mauvais pronostic :
- Comorbidités : anxiété sévère, dépression.
- Stress chronique non maîtrisé.
- Mauvaise compliance.
- Forme atypique (vertiges purs sans céphalée).
IMPACT SUR LA QUALITÉ DE VIE :
Crise :
- Très invalidante (arrêt activités plusieurs heures à jours).
- Imprévisibilité = anxiété anticipatoire.
- Fatigue post-crise importante.
Entre crises :
- Anxiété de la prochaine crise.
- Limitations dans certaines activités (sport, voyage, vie sociale).
- Hyperventilation, vertige fonctionnel secondaire fréquent.
DOMAINES IMPACTÉS :
Professionnel :
- Arrêts maladie pendant les crises.
- Présentéisme dégradé : présence sans efficacité.
- Adaptation poste possible (télétravail, horaires souples).
- MDPH : reconnaissance handicap possible si invalidité.
Conduite automobile :
- Permis maintenu en général.
- Arrêt immédiat en cas d'aura ou crise.
- Médecine du travail si profession sensible.
Vie sociale :
- Évitement lieux à risque (bars bruyants, concerts).
- Limitation voyages.
- Impact vie de couple, vie familiale.
Sportif :
- Sport modéré bénéfique (préventif).
- Sports extrêmes déconseillés (apnée, plongée, parachutisme).
- Adaptation intensité.
Voyages :
- Possibles avec précautions.
- Médicaments de crise + de fond toujours en bagage cabine.
- Anticipation déclencheurs (altitude, décalage horaire).
- Voir jet lag.
VIE QUOTIDIENNE — STRATÉGIES :
Routines protectives :
- Sommeil régulier : même heure de coucher / lever.
- Repas réguliers : pas de jeûne, collations si besoin.
- Activité physique quotidienne modérée.
- Hydratation continue.
- Pauses régulières dans la journée.
Outils pratiques :
- Journal des crises + déclencheurs.
- Médicaments de crise toujours accessibles.
- Lunettes anti-lumière bleue pour photophobie.
- Bouchons d'oreille discrets pour phonophobie.
Soutien social :
- Information entourage (compréhension, anticipation).
- Associations de patients : France Migraine, SOS Vertige.
- Groupes de parole en ligne.
SUIVI MÉDICAL :
- Consultations régulières (3-6 mois).
- Audiogramme annuel (2-3 ans).
- Adaptation traitement au fil du temps.
- Évaluation comorbidités psychiatriques.
PRISE EN CHARGE SOCIALE :
MDPH :
- AAH possible si invalidité.
- RQTH (Reconnaissance Qualité Travailleur Handicapé) souvent indiquée.
- Aménagements poste de travail.
ALD (Affection Longue Durée) :
- ALD 31 (hors liste) possible si invalidité importante.
- 100% Sécu pour le traitement.
À retenir : la migraine vestibulaire est bénigne mais invalidante. Pronostic favorable à long terme avec traitement adapté + hygiène de vie + identification des déclencheurs. Tendance à l'atténuation après 50-60 ans. Soutien psychologique souvent utile pour gérer l'anxiété anticipatoire des crises.