Vertiges et oreille interne : causes (VPPB, Ménière) et traitements
Vertiges venant de l'oreille interne : VPPB (cristaux), Ménière, labyrinthite. Symptômes, diagnostic (Dix-Hallpike), traitements (manœuvres, médicaments). Guide complet.

Les vertiges d'origine vestibulaire (= oreille interne) représentent 80% des consultations pour vertige en cabinet ORL. Le terme "vertige" couvre plusieurs réalités très différentes : du VPPB bénin qui se règle en 5 minutes au cabinet, jusqu'à l'urgence neurologique déguisée. Identifier la cause est la première étape — et c'est plus facile qu'on ne croit, car les caractéristiques de la crise (durée, déclencheur, symptômes associés) orientent fortement.
Cet article fait le tour complet : les 3 causes principales (VPPB / cristaux, Maladie de Ménière, névrite vestibulaire), les autres pathologies à connaître, le diagnostic (Dix-Hallpike, audiogramme, IRM), les traitements validés (manœuvre de Epley pour VPPB, bétahistine + régime sans sel pour Ménière, corticothérapie pour névrite), et surtout quand consulter en urgence (vertige + signes neurologiques = AVC possible).
ℹ️ Sujets liés : acouphène pulsatile, surdité brusque, oreille bouchée, audiogramme, audition pilier.
L'oreille interne et le vertige : comment ça marche
L'oreille = un organe DOUBLE
L'oreille interne n'a pas qu'une seule fonction (entendre) — elle en a DEUX :
| Fonction | Structure | Détecte quoi |
|---|---|---|
| Audition | Cochlée | Sons (10 Hz à 20 kHz) |
| Équilibre | Vestibule + canaux semi-circulaires | Position, mouvements, gravité |
Les deux structures sont dans le même rocher osseux, partagent les mêmes vaisseaux et le même nerf (nerf VIII = cochléo-vestibulaire). C'est pourquoi une atteinte de l'oreille interne donne souvent simultanément des symptômes auditifs ET vestibulaires (acouphènes, vertige, perte audition).
Le système vestibulaire en détail
3 canaux semi-circulaires (un horizontal + deux verticaux) détectent les rotations de la tête sur les 3 axes. Remplis de liquide (endolymphe), ils contiennent des cellules sensorielles qui s'activent quand le liquide bouge.
2 organes otolithiques (utricule et saccule) détectent les accélérations linéaires (avant/arrière, haut/bas) et la gravité. Ils contiennent les fameux otolithes (= cristaux de carbonate de calcium) qui se déplacent avec la gravité.
Le tout envoie des signaux au cerveau via le nerf vestibulaire. Le cerveau intègre ces infos avec la vision et la proprioception (sensation de position des muscles/articulations) pour maintenir l'équilibre.
Pourquoi un dysfonctionnement = vertige
Si l'un des 3 systèmes envoie une info incohérente avec les 2 autres, le cerveau interprète ça comme une fausse rotation — c'est la sensation de vertige.
Exemple typique du VPPB :
- Des cristaux détachés bougent dans un canal semi-circulaire.
- Le canal dit au cerveau : "tu tournes !"
- La vision et la proprioception disent : "non, tu ne bouges pas".
- Le cerveau panique → sensation rotatoire + nausées + nystagmus.
Les 3 causes principales (90% des cas)
Cause #1 : VPPB (cristaux dans l'oreille) — 40-50%
Vertige Positionnel Paroxystique Bénin = la cause de loin la plus fréquente.
Mécanisme : des otolithes se détachent de l'utricule et migrent dans un canal semi-circulaire (le postérieur dans 80% des cas).
Caractéristiques :
- Crises TRÈS courtes : 10-60 secondes.
- Déclenchées par le mouvement de la tête (se lever, se retourner dans le lit, se pencher, lever la tête).
- Pas de symptôme auditif (pas d'acouphène, pas de perte audition).
- Souvent première crise au réveil (cristaux migrés pendant la nuit).
- Nausées modérées, pas vomissements importants en général.
Diagnostic : manœuvre de Dix-Hallpike réalisée par l'ORL ou un kiné vestibulaire. Reproduit le vertige + un nystagmus caractéristique (mouvements oculaires anormaux qu'on peut filmer).
Traitement : manœuvre de Epley (5 min, indolore, en consultation). 70-90% des cas résolus en 1-3 séances. Si récidive, ré-traitement facile.
Pronostic : excellent. ~30% de récidive à 1 an mais facilement re-traitée.
Public typique : > 50 ans, plus fréquent chez la femme. Cause souvent inconnue ; parfois post-traumatique (whiplash, chute), post-infectieuse, ou liée au vieillissement utriculaire.
Cause #2 : Maladie de Ménière — 15-20%
Hydrops endolymphatique = excès de liquide dans le labyrinthe, mécanisme exact toujours débattu (canalopathie ? auto-immun ? dysfonction de la résorption du liquide endolymphatique ?).
Triade clinique :
- Vertige rotatoire 20 min à 12h.
- Acouphène grave dans l'oreille atteinte, qui s'intensifie avant la crise.
- Perte audition fluctuante sur les basses fréquences.
Évolution : crises imprévisibles sur années. Perte auditive progressive permanente avec le temps.
Diagnostic : clinique (la triade) + audiogramme répété + IRM pour exclure neurinome.
Traitements :
- Régime hyposodé strict (< 2g sel/jour) — souvent le plus efficace.
- Bétahistine 48-72 mg/jour (efficacité débattue mais standard).
- Diurétiques en 2e intention.
- Corticothérapie intratympanique si résistance.
- Rééducation vestibulaire entre les crises.
- Gentamicine intratympanique ou chirurgie en dernier recours.
Hygiène de vie :
- Réduire caféine, alcool, tabac.
- Gérer le stress (déclencheur identifié).
- Sommeil régulier.
Cause #3 : Névrite vestibulaire / labyrinthite — 10-15%
Inflammation virale (ou post-virale) du nerf vestibulaire (= névrite) ou du labyrinthe complet (= labyrinthite, atteint aussi l'audition).
Caractéristiques :
- Crise unique vertige rotatoire SÉVÈRE.
- Continue sur 3-7 jours (pas par "crises courtes").
- Vomissements importants.
- Souvent précédée d'une infection ORL (rhino-pharyngite, otite) récente.
- Récupération lente sur 2-6 semaines.
Diagnostic : clinique + nystagmus spontané + tests vestibulaires.
Traitement :
- Corticothérapie courte (Solupred 1 mg/kg, 7 jours) si débutée dans les 72h.
- Anti-vertigineux symptomatiques les 2-3 premiers jours seulement (sinon retarde la compensation).
- Rééducation vestibulaire précoce (kiné vestibulaire) pour accélérer la récupération.
Pronostic : récupération généralement complète, mais peut laisser une déficience vestibulaire unilatérale chronique (sensation instable persistante).
Autres causes à connaître
Neurinome de l'acoustique
Tumeur bénigne du nerf VIII. Évolution lente.
Symptômes :
- Surdité progressive unilatérale sur mois/années.
- Acouphène persistant côté atteint.
- Vertiges légers intermittents (le neurinome déforme le nerf vestibulaire).
Diagnostic : IRM cérébrale + conduits auditifs internes.
Traitement : surveillance (petites tumeurs) / radiothérapie stéréotaxique / chirurgie selon taille et symptômes.
Migraine vestibulaire
Diagnostic relativement récent — la migraine peut prendre une forme purement vestibulaire (avec ou sans céphalée).
Caractéristiques :
- Crises 5 min à 72h.
- Souvent associées à photophobie, phonophobie, nausées.
- Antécédents migraine personnels ou familiaux.
Traitement : traitement de la migraine (triptans en aigu, bêta-bloquants ou anti-épileptiques en fond).
Fistule labyrinthique
Communication anormale entre l'oreille moyenne et interne (post-traumatique, post-chirurgical, congénital).
Symptômes : vertige déclenché par effort, mouchage forcé, plongée, bruit fort.
Traitement : chirurgical.
Médicaments ototoxiques
Certains médicaments altèrent le labyrinthe :
- Aminosides (gentamicine, tobramycine).
- Cisplatine (chimiothérapie).
- Hautes doses d'aspirine, AINS chroniques.
Apparition : vertiges + acouphènes pendant ou peu après le traitement.
Conduite : arrêt du médicament (avec avis médical) + bilan ORL.
Sclérose en plaques
Les plaques de démyélinisation peuvent toucher les voies vestibulaires centrales.
Diagnostic : IRM cérébrale.
AVC vertébro-basilaire (RARE mais GRAVE)
Atteinte des artères qui irriguent le tronc cérébral et le cervelet.
Symptômes :
- Vertige soudain SÉVÈRE.
- Signes neurologiques associés : trouble parole, vision double, faiblesse d'un côté, ataxie de la marche.
- Persiste > 24h.
= URGENCE 15 / SAMU immédiate.
Diagnostic : ce qui se passe en consultation
Étape 1 — Interrogatoire ciblé
L'ORL pose des questions très précises :
- Durée des crises (seconde / minute / heure / jour ?).
- Déclencheur (position, effort, spontané ?).
- Symptômes auditifs associés (acouphène, surdité, oreille pleine ?).
- Antécédents ORL et médicaux.
- Médicaments en cours.
Étape 2 — Examen clinique
- Examen ORL (otoscopie, recherche nystagmus spontané).
- Manœuvre de Dix-Hallpike (recherche VPPB).
- Test de poursuite oculaire, head-impulse test (HIT).
- Romberg (équilibre debout).
Étape 3 — Examens complémentaires
- Audiogramme tonal et vocal (cf. guide).
- Vidéo-nystagmographie (VNG) : enregistre les mouvements oculaires sous différentes stimulations.
- Épreuves caloriques : eau chaude/froide dans l'oreille stimule chaque labyrinthe séparément.
- IRM cérébrale + conduits auditifs internes : exclut neurinome, AVC, SEP.
Étape 4 — Diagnostic
Selon la cause identifiée → traitement adapté.
Traitements selon la cause
VPPB
Manœuvre de Epley (la plus utilisée pour VPPB du canal postérieur) :
- 4 positions successives de la tête, ~30 sec chacune.
- Ramène les cristaux dans l'utricule.
- 70-90% de résolution en 1-3 séances.
Manœuvre de Semont : alternative pour les cas plus difficiles.
Pas de médicament — antivertigineux contre-productifs.
Maladie de Ménière
Crise aiguë :
- Acétyl-leucine (Tanganil) per os ou IV.
- Antiémétiques.
- Repos au calme, lumière tamisée.
Traitement de fond :
- Régime hyposodé strict (< 2g/jour). Souvent le plus efficace.
- Bétahistine 48-72 mg/jour.
- Diurétiques en 2e intention.
- Réduction caféine / alcool / tabac.
- Gestion stress (cohérence cardiaque, méditation).
- Corticothérapie intratympanique en cas de résistance.
- Gentamicine intratympanique en dernier recours.
Névrite vestibulaire
Aigu :
- Corticothérapie 7 jours si < 72h après début.
- Anti-vertigineux + antiémétiques les 2-3 premiers jours.
Récupération :
- Rééducation vestibulaire précoce (kiné vestibulaire) = clé.
- Exercices d'adaptation centrale.
Migraine vestibulaire
Traitement de la migraine elle-même + adaptation hygiène vie.
Autres causes
Selon étiologie (chirurgie pour neurinome, arrêt médicament ototoxique, etc.).
Rééducation vestibulaire
Outil sous-utilisé mais très efficace.
Principe : exercices d'adaptation/habituation/substitution pour accélérer la compensation centrale après une atteinte vestibulaire.
Qui : kinésithérapeute spécialisé vestibulaire (formation spécifique, pas tous les kinés).
Indications :
- Post-névrite vestibulaire (accélère récupération de semaines à mois).
- Maladie de Ménière (entre crises).
- Déficit vestibulaire chronique.
- PPPD (vertige fonctionnel post-traumatique).
Durée : 10-20 séances étalées sur 3-6 mois.
Prise en charge : remboursée sur prescription médicale (Sécu + mutuelle).
Vivre avec un trouble vestibulaire chronique
Au quotidien
- Éviter les déclencheurs identifiés (mouvements brusques de tête pour VPPB, sel pour Ménière, etc.).
- Bien dormir (guide bien dormir).
- Gérer le stress (cohérence cardiaque, méditation).
- Activité physique régulière adaptée (la marche, le vélo stable sont OK ; éviter les sports avec mouvements de tête brusques au début).
Conduite et activités à risque
- Période aiguë : éviter conduite, échelle, machine dangereuse.
- Ménière : crises imprévisibles → discuter avec médecin sur compatibilité conduite professionnelle.
- VPPB résolu : pas de restriction.
Soutien
- Associations : France Acouphènes, France Vestibulaire.
- Groupes Facebook spécialisés.
- Kinésithérapeute vestibulaire = allié au long cours.
Quand consulter en urgence
| Signe | Conduite |
|---|---|
| Vertige soudain + signes neurologiques (parole, vision, faiblesse) | 15 / SAMU suspicion AVC |
| Vertige sévère > 24h continu sans amélioration | Urgences ORL |
| Surdité brutale unilatérale + vertige | Urgence ORL 24h (surdité brusque) |
| Vertige + fièvre + raideur de nuque | Urgences (méningite, encéphalite) |
| Vertige + traumatisme crânien récent | Urgences neuro |
| Première crise sévère avec vomissements | ORL/urgences 24-48h |
| Vertiges répétés avec triade Ménière | ORL en consultation classique |
| VPPB diagnostiqué qui récidive | ORL / kiné vestibulaire semaine |
À retenir : les vertiges d'oreille interne ont des causes très différentes, avec des traitements très différents — le diagnostic précis est l'étape essentielle. Le VPPB (cristaux) est la cause la plus fréquente, bénigne, et traitable en 5 minutes au cabinet. La maladie de Ménière et la névrite vestibulaire sont plus complexes mais bien codifiées. La rééducation vestibulaire est sous-utilisée alors qu'elle aide énormément à la récupération.
Règle simple à retenir : un vertige rotatoire qui dure plus de 24h ET/OU avec des signes neurologiques = urgence (suspicion AVC). Un vertige déclenché par les positions de la tête, qui dure < 1 minute = très probablement VPPB bénin.
Et au moindre doute sur une perte auditive brutale associée → urgence ORL dans les 24-72h (la fenêtre thérapeutique de la surdité brusque est courte et précieuse).
Questions fréquentes
Combien de temps dure un vertige d'oreille interne ?
Très variable selon la cause — la durée est même un critère diagnostic majeur pour l'ORL.
VPPB (vertige positionnel paroxystique bénin) — la cause n°1 :
- Crises courtes : 10 à 60 secondes seulement.
- Déclenchées par un changement de position de la tête (se lever du lit, se pencher, regarder en l'air).
- Peuvent se répéter plusieurs fois par jour.
- Disparition spontanée en quelques semaines, OU en 5 minutes après une manœuvre de libération (Epley).
Maladie de Ménière :
- Crises de 20 minutes à 12 heures (typiquement 1-4h).
- Souvent imprévisibles, sans déclencheur positionnel clair.
- Accompagnées d'acouphène + sensation oreille pleine + perte audition fluctuante.
- Récidives sur des années, fréquence variable (de quelques crises/an à plusieurs/mois).
Névrite vestibulaire / labyrinthite :
- Crise unique violente de plusieurs jours (3-7 jours).
- Vertige rotatoire continu, nausées et vomissements importants.
- Récupération progressive sur 2-6 semaines.
- Souvent en lien avec une infection virale ORL récente.
AVC cérébelleux ou neurinome :
- Vertiges persistants > 24h avec signes neurologiques associés.
- Cf. signaux d'alerte plus bas — URGENCE.
Migraine vestibulaire :
- Crises de quelques minutes à 72 heures.
- Souvent associées à céphalée + photophobie + nausées.
Règle simple : si le vertige dure plus de 24h ET s'accompagne de signes neurologiques, c'est une urgence. Si c'est < 1 minute et positionnel, c'est très probablement bénin (VPPB).
C'est quoi exactement les 'cristaux' dans l'oreille (VPPB) ?
Le VPPB (Vertige Positionnel Paroxystique Bénin) est la cause n°1 des vertiges d'oreille interne — environ 40-50% des consultations ORL pour vertige.
Le mécanisme :
- Dans l'utricule (organe de l'oreille interne qui détecte les accélérations linéaires) se trouvent normalement des micro-cristaux de carbonate de calcium appelés otolithes (ou otoconies).
- Ces cristaux sont fixés sur une membrane gélatineuse — ils servent à détecter la gravité et les mouvements de la tête.
- Avec l'âge, un traumatisme, ou une infection, certains cristaux se détachent et migrent dans les canaux semi-circulaires (les structures qui détectent les rotations).
- Quand on bouge la tête, ces cristaux libres déplacent du liquide → fausse information envoyée au cerveau → sensation brutale de rotation de quelques secondes.
Caractéristiques typiques :
- Crises TRÈS COURTES (10-60 secondes).
- Déclenchées par : se lever du lit, se retourner dans le lit, se pencher en avant, regarder un objet en hauteur.
- Pas d'acouphène, pas de perte audition.
- Souvent première crise au réveil — la nuit, position couchée prolongée = migration des cristaux dans un canal.
Diagnostic : la manœuvre de Dix-Hallpike réalisée par l'ORL ou un kinésithérapeute vestibulaire reproduit le vertige + un mouvement oculaire caractéristique (nystagmus).
Traitement : manœuvre de Epley (ou Semont) qui repositionne mécaniquement les cristaux hors du canal. 70-90% des cas résolus en 1-3 séances de 5 min. Très efficace, indolore.
Pronostic : excellent. Récidives possibles (~30% à 1 an) mais facilement re-traitables.
Touche surtout les > 50 ans (40% des vertiges chez les seniors). Plus rare chez l'adulte jeune.
Maladie de Ménière : c'est quoi et comment la reconnaître ?
La maladie de Ménière est une pathologie chronique de l'oreille interne caractérisée par une triade clinique typique + une physiopathologie d'hydrops endolymphatique (excès de liquide dans le labyrinthe).
La triade caractéristique (les 3 critères doivent être présents) :
1. Vertige rotatoire :
- Crises de 20 minutes à 12 heures.
- Souvent imprévisibles, parfois "aura" précédant la crise.
- Avec nausées et vomissements pendant la crise.
2. Acouphène :
- Bourdonnement grave dans l'oreille atteinte.
- S'intensifie avant la crise (signal annonciateur).
- Voir guide complet acouphènes.
3. Perte d'audition fluctuante :
- Surtout sur les basses fréquences au début.
- Réversible entre les crises au stade précoce, permanente à long terme.
- Souvent unilatérale (un seul côté), parfois bilatérale après plusieurs années.
Signe associé fréquent : sensation d'oreille pleine, bouchée (cf. oreille bouchée) avant et pendant les crises.
Diagnostic :
- Clinique (la triade + élimination d'autres causes).
- Audiogramme (cf. guide) répété pour documenter la fluctuation auditive.
- IRM cérébrale pour exclure neurinome de l'acoustique (= tumeur bénigne qui mime la Ménière).
Évolution :
- Crises imprévisibles sur des années.
- Fréquence très variable (de quelques crises/an à plusieurs/mois).
- Perte auditive progressive sur 10-20 ans.
- Parfois "brûlée" naturellement après plusieurs années — les vertiges disparaissent mais l'audition reste altérée.
Touche surtout : adultes 30-60 ans. Sex ratio équilibré. Lien avec stress, allergies, migraine fréquent.
Traitements détaillés dans la section principale de l'article.
Quels médicaments pour un vertige aigu ?
Les médicaments traitent les symptômes pendant la crise + (parfois) la cause sous-jacente. Le choix dépend de l'étiologie.
Pour la crise aiguë (tous types de vertige) :
1. Anti-vertigineux centraux :
- Acétyl-leucine (Tanganil®) : référence en France, intraveineuse à l'hôpital ou cp 500 mg per os.
- Diphénhydramine (rare).
- Action : freinent l'activité du noyau vestibulaire central.
2. Antiémétiques (contre nausées/vomissements) :
- Métopimazine (Vogalène®).
- Métoclopramide (Primperan®) — attention contre-indications neuro.
- Dompéridone (Motilium®).
3. Anxiolytiques ponctuels (si forte composante anxieuse) :
- Diazépam (Valium®) à très petite dose, ponctuel.
Pour la maladie de Ménière (traitement de fond) :
- Bétahistine (Serc®) : 24 mg × 2 ou 3/jour. Référence française historique, efficacité débattue (méta-analyses contrastées). À tester 2-3 mois.
- Régime hyposodé strict (< 2g sel/jour) : améliore l'hydrops chez 50-70% des patients. Souvent plus efficace que les médicaments.
- Diurétiques (hydrochlorothiazide) en 2e intention.
- Corticothérapie intratympanique en cas de crises résistantes.
- Gentamicine intratympanique en dernier recours (détruit chimiquement le labyrinthe — efface les vertiges mais aggrave la surdité).
Pour la névrite vestibulaire :
- Corticothérapie courte (Solupred 1 mg/kg sur 7 jours) si pris dans les premières 72h — accélère la récupération.
- Anti-vertigineux symptomatiques en aigu uniquement les 2-3 premiers jours — après il faut arrêter car ils freinent la compensation centrale.
Pour le VPPB :
- Pas de médicament. La manœuvre de Epley est le traitement.
- Les antivertigineux sont contre-productifs (ralentissent la résolution).
Pour la migraine vestibulaire :
- Traitement de la migraine elle-même (triptans en aigu, bêta-bloquants en fond).
- Acétyl-leucine ponctuelle.
À NE PAS faire :
- Auto-médication antivertigineuse au long cours pour un VPPB → masque le diagnostic + ralentit la récupération.
- Polymédication anxiolytique chronique.
À retenir : un médicament suffit rarement seul — c'est la combinaison médicament + manœuvre + rééducation vestibulaire + hygiène de vie qui marche.
Vertige + acouphène + perte d'audition : que faire ?
Cette triade est très évocatrice mais peut correspondre à plusieurs pathologies d'urgence variable. Consulter rapidement est essentiel pour ne pas passer à côté d'une cause grave.
Causes possibles (du plus fréquent au plus grave) :
1. Maladie de Ménière (cause la plus probable) :
- Triade typique (cf. FAQ ci-dessus).
- Crises répétées sur des années.
- Consultation ORL en consultation classique (semaines), pas urgence si pas premier épisode.
2. Névrite vestibulaire / labyrinthite virale :
- Crise unique vertige + souvent perte auditive si labyrinthite.
- Durée plusieurs jours continus.
- Consultation ORL rapide (semaine) pour corticothérapie précoce.
3. Surdité brusque + composante vestibulaire :
- Perte audition unilatérale brutale en quelques heures.
- Acouphène nouveau brutal.
- Vertige rotatoire parfois associé.
- URGENCE ORL 24-72h → corticothérapie précoce (cf. surdité brusque).
4. Neurinome de l'acoustique :
- Tumeur bénigne mais à traiter (chirurgie ou radiothérapie).
- Surdité progressive unilatérale (mois/années) + acouphène + vertiges intermittents.
- Diagnostic via IRM.
- Consultation ORL dans le mois si symptômes progressifs.
5. AVC cérébelleux ou vertébro-basilaire (rare mais grave) :
- Vertige soudain SÉVÈRE + signes neurologiques (trouble parole, marche, vision double).
- 15 / SAMU immédiatement.
Conduite à tenir :
🚨 URGENCE 24h si :
- Surdité brutale en heures-jours associée.
- Signes neurologiques (faiblesse, parole, vision).
- Premier épisode avec vertige sévère continu.
- Fièvre élevée + signes méningés.
🟡 Consultation rapide (semaine) si :
- Acouphène + perte auditive d'apparition récente sans contexte.
- Vertiges répétés sans triade typique Ménière.
🟢 Consultation classique si :
- Tableau évocateur de Ménière chez patient connu (récidive).
- Symptômes anciens stables.
Examens à demander :
- Audiogramme tonal et vocal (toujours).
- IRM cérébrale + IAC (pour exclure neurinome, AVC, autres causes centrales).
- Test vestibulaire (épreuves caloriques, vidéo-nystagmographie) selon orientation.
Le réflexe à retenir : toute perte d'audition brutale ASSOCIÉE à du vertige est une urgence ORL dans les 24-72h — ne pas attendre.
Le stress peut-il déclencher des vertiges ?
Oui, le lien est bien documenté — mais avec des nuances importantes.
Le stress NE crée PAS un vertige "pur" d'oreille interne, mais peut :
1. Déclencher une crise de Ménière :
- Le stress est l'un des déclencheurs identifiés chez les patients Ménière connus.
- Mécanisme : altération de la régulation hydrique du labyrinthe (hydrops aggravé).
- Hygiène de vie + gestion stress = partie intégrante du traitement Ménière.
2. Aggraver un VPPB existant :
- Le stress augmente la tension musculaire cervicale et la respiration courte.
- Peut majorer la perception du déséquilibre, sans créer le VPPB lui-même.
3. Causer des vertiges psychogènes / fonctionnels :
- PPPD (Persistent Postural-Perceptual Dizziness) — diagnostic récent (DSM-5).
- Sensation chronique d'instabilité, non rotatoire, majorée en position debout / dans les supermarchés / sur écran.
- Souvent secondaire à un vrai vertige initial (VPPB, Ménière, névrite) — le cerveau reste en "mode alerte vestibulaire" même après guérison.
- Traitement : TCC + rééducation vestibulaire + ISRS parfois.
4. Hyperventilation par anxiété :
- Respiration rapide → alcalose respiratoire → vasoconstriction → sensation de tête vide, vertige.
- Pas un vrai vertige rotatoire, mais étourdissement.
5. Migraine vestibulaire :
- Stress est un déclencheur classique de migraine, qui peut prendre forme "vestibulaire".
À NE PAS conclure trop vite :
- Beaucoup de patients (et de médecins) attribuent à tort un vertige récurrent au "stress" alors qu'il y a une vraie cause organique (VPPB méconnu, Ménière débutante).
- Bilan ORL + vestibulaire complet avant de conclure à "psychogène".
Gestion du stress comme adjuvant :
- Cohérence cardiaque (5 min × 3/jour).
- Méditation, sophrologie.
- Activité physique régulière.
- Sommeil régulier (cf. bien dormir).
- Réduction caféine / alcool / tabac.
TCC indiquée si :
- Vertige fonctionnel diagnostiqué (PPPD).
- Anxiété secondaire majeure post-vertige initial.
- Évitement social progressif lié à la peur du vertige.
À retenir : le stress est rarement la cause unique d'un vertige authentique, mais il aggrave et entretient. Le travail psychologique vient en complément du traitement étiologique, jamais à sa place.